Tribune: Pannonia ou Hunnia ? Élections législatives en Hongrie
- fulopstol51
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Par Thomas Szende, membre du CA AACH.
« La Hongrie est un asile de fous d'où les médecins se sont enfuis et où les fous jouent au médecin ou au malade. Dans leur folie collective, ils font tout pour que les choses empirent encore davantage. »
László Krasznahorkai, prix Nobel de littérature, 2025.
Les Hongrois sont appelés aux urnes le 12 avril 2026 pour renouveler leur Parlement. L’homme fort de Budapest, Viktor Orbán brigue un cinquième mandat consécutif. Mais cette fois, le porte-bannière du patriotisme en Europe et inspiration pour plusieurs leaders autoritaires, est à la traîne dans les sondages indépendants et fait face à une opposition bien réelle. Avocat et député européen de 45 ans, Péter Magyar, ex-membre du sérail, conquiert des pans entiers de l’électorat. Mettra-t-il fin au règne de Viktor Orbán qui semble n’avoir jamais été aussi fragilisé au seuil d’une élection ; les espoirs sont immenses dans le camp de l'opposition. Ce qui se joue à présent à Budapest, semble aller bien au-delà de la Hongrie, et peut avoir une dimension symbolique.
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En 2010, après huit années d’opposition, Viktor Orbán met en place un pacte appelé « Système de Coopération Nationale » (Nemzeti Együttműködés Rendszere, en abrégé : NER) : « Le travail, le foyer, la famille, la santé et l'ordre constituent les piliers solides du Système de coopération Nationale. Au cours des années à venir, le Gouvernement des Affaires Nationales […] établira la primauté du bien commun sur les intérêts privés, la primauté de l'ordre, sur l'illégalité et l'anarchie. ».
Le terme NER, en peu de temps, acquiert une connotation fortement péjorative. Popularisée par les adversaires d’Orbán, l’expression désigne désormais moins la solidarité au sein de la nation que le réseau occulte d'institutions et de personnalités étroitement alignées sur le Premier ministre, les NER-lovagok (« chevaliers du NER ») incarnant la nouvelle élite politico-économique enrichie grâce aux fonds publics et à ses relations politiques. Le pacte d’Orbán que certains décrivent comme un véritable coup d’État constitutionnel est aujourd’hui rebaptisé par Péter Magyar, non sans un brin d'humour espiègle, en « Système de criminalité nationale » (Nemzeti Együtt Bűnözés Rendszere).
S’opposent sur l’échiquier politique d’un côté la coalition au pouvoir depuis 16 ans, composée du Fidesz (acronyme de l'ancienne « Alliance des jeunes démocrates » Fiatal Demokraták Szövetsége - Magyar Polgári Szövetség « Union civique hongroise ») dirigé par Viktor Orbán et du parti populaire chrétien-démocrate (KDNP). Face à eux, le parti de Péter Magyar, le Tisza « Respect et liberté » (en hongrois : Tisztelet és Szabadság Párt), dont le statut en tant que force politique d’envergure dans le paysage politique hongrois ne fait plus débat.
« La plus grande peur de la Hongrie, depuis l’an 1000, est la disparition. La crainte d’être absorbée par les pays voisins. Le gouvernement actuel joue beaucoup sur cette peur. Les autorités présentent souvent l’Union européenne comme une menace contre les nations et les spécificités des pays » affirme l’écrivaine Krisztina Tóth retenue récemment par La Fondation Schumann pour représenter son pays dans l’anthologie « European women - Leading the way » (« Femmes d'influence européennes »).
De leur côté, T. Boros et G. Filippov chercheurs de l’Institut Egyensúly Intézet (Equilibrium Institute) estiment : « Selon tous les indicateurs, la Hongrie s’enlise dans la médiocrité, ce n'est pas la mort de la nation qui nous guette, mais le risque de la stagnation et du déclin résultant de cette médiocrité. Plongés dans nos querelles, nous avons oublié de construire un pays qui soit à nous tous. Pendant ce temps, nos concurrents régionaux nous ont dépassés les uns après les autres, alors que bon nombre d'entre eux étaient dans une situation bien pire que la Hongrie après l'effondrement du socialisme. »
Au cours des années qui ont suivi le changement de régime (1988-1990), la césure entre les courants népies (« populaire ») et urbánus (« urbain ») servait de point de référence pour les groupes intellectuels engagés dans la vie politique. Se greffe sur ce débat, depuis les années 2020, l’idée que les Hongrois soient finalement ennemis d’eux-mêmes et suggérant qu’existeraient deux civilisations hypothétiques parallèles, qui s’excluent mutuellement, la « Pannonia » province de l'Empire romain, l'ouest de la Hongrie, et la « Hunnia » territoire (historiques ou légendaires) des Huns, ancien peuple nomade des steppes eurasiatiques, qui cohabiteraient dans un même espace profondément fracturé. Allons-nous intégrer définitivement la société hongroise dans l’Occident (Pannonia) avec ses valeurs fondatrices, ou nous nous figerons dans un monde oriental (Hunnia) moins développé ? Dans ce pays, à la charnière entre l’Europe occidentale et l’Europe orientale, l'emportent les forces du changement ? ou c’est l'ancien régime qui reste en place ?
« Lorsque le museau sanglant de l'ours est apparu derrière le masque d'une rigidité inhumaine de Poutine, son meilleur disciple hongrois, Viktor Orbán, a vainement revêtu l'image de l'homme européen – son système et lui-même appartiennent au passé » assure le politologue et économiste László Lengyel.
Peut-on dépasser la logique Hunnia ou Pannonia ? Pour Róbert Puzsér, personnalité médiatique : « À l'époque de Gyurcsány [premier ministre socialiste entre 2004 et 2009], le mot ‘national’ avait été remplacé par ‘européen’, et la moitié de la population hongroise était exclue de l'européanité. Aujourd'hui, les intérêts politiques de Viktor Orbán sont travestis en intérêts nationaux, la morale ayant été détournée à cette fin. Ce n’est pas non plus une politique nationale, mais une politique tribale. »
En avril 2022, récoltant 53% des voix, Orbán déclarait : « Nous avons remporté une victoire si grande qu'elle se voit depuis la Lune et, sans aucun doute, depuis Bruxelles […] Et le message que nous envoyons à l'Europe : ce n'est pas le passé, c'est l'avenir, ce sera notre avenir européen commun […] Le bon Dieu veille sur nous tous, la Hongrie avant tout ! »
Celui qui a assisté, le 23 octobre 2025, à la célébration de la fête nationale, commémorant la révolution et la guerre d'indépendance de 1956, en écoutant Orbán, l’enfant terrible de l’UE, pouvait avoir l'impression que les chars qui avaient envahi les rues de Budapest pour écraser la révolution hongroise et la lutte pour la liberté n'avaient pas été envoyés depuis Moscou, mais depuis Bruxelles : « … nombreux sont les Hongrois qui pensent soutenir une bonne cause en appuyant Bruxelles et les candidats fantômes envoyés par Bruxelles. Nous devons leur dire : aujourd'hui, Bruxelles n'est pas une aide, mais un danger… Bruxelles et ses représentants hongrois n'apportent pas le progrès, mais la guerre à la Hongrie. Ceux qui pensent soutenir le changement de gouvernement soutiennent en réalité la guerre, qu'ils en soient conscients ou non. Osez et agissez. Prenez des risques. Protégez ce qu'il y a de plus noble. Mais sachez que l'empire bruxellois ne veut pas que vous soyez patriotes. L'empire de Bruxelles veut que vous soyez des Européens sans patrie. »
Dans son discours de Szeged, prononcé à l’occasion du Rassemblement contre la guerre, le 20 décembre 2025, Orbán, adulé par ses fans comme une rock star, mais contesté pour ses résultats économiques en demi-teinte, affirme qu'il ne s'était pas engagé à former et à diriger un gouvernement qui gouvernerait bien, car d'autres pouvaient le faire : « Je me suis engagé à changer le destin des Hongrois, ce destin que d'autres nous ont réservé après la Première Guerre mondiale. Ils voulaient que nous soyons petits et pauvres, mais je veux que les Hongrois soient grands et riches, et je n'ai pas encore fini ».
L’écrivain László Krasznahorkai, qui a reçu le prix Nobel de littérature le 9 octobre 2025, qualifié par Susan Sontag de « Hungarian master of apocalypse », explore avec amertume la situation en Hongrie : « Orbán et ses acolytes parlent aujourd’hui de notre glorieuse histoire. C’est plus que ridicule. L’histoire hongroise n’est faite que de défaites ». L’écrivain aime vivre à Berlin, et dans les villes de l'Empire austro-hongrois, à Vienne ou à Trieste, les préférant à la Hongrie « qui s’est de plus en plus éloignée de l’Occident au cours de la dernière décennie, sous le régime national-conservateur de Viktor Orbán ».
Celui qui s’érige en alternative à Orbán, s’appelle Péter Magyar. Il rêve de renverser "le système" auquel il a pourtant contribué. Golden-boy (on lui reproche son côté fauteur de troubles, en hongrois 'krakéler', de l’allemand 'Krakeeler'), ancien haut fonctionnaire du Fidesz, connaisseur des arcanes du pouvoir, il est entré en dissidence à la suite de la démission de son ex-épouse, Judit Varga, ministre de la Justice. Magyar promet de débarrasser son pays des 'Döbrögi', référence au poème épique « Matthieu des oies » (Ludas Matyi) de Mihály Fazekas, (1766-1828) dans lequel Mathieu, jeune paysan astucieux se venge d'un seigneur tyrannique (Döbrögi) qui lui a infligé des bastonnades.
Le 6 janvier 2026, interviewé par la chaîne ATV (émission ‘Egyenes Beszéd’), Magyar demande à chacun de faire preuve de responsabilité et d'humilité, souligne que le Tisza est pacifiste, ne soutient aucune escalade et rejette le rétablissement du service militaire obligatoire, estimant par ailleurs qu’au lieu de parler d’économie, de santé, d’école et de corruption, le pouvoir préfère faire diversion et laisser la propagande dominer l'opinion publique.
Le pasteur Gábor Iványi, qui œuvre inlassablement en faveur des plus précaires délaissés par les politiques publiques, figure morale tutélaire pour les mouvements d’opposition, décrypte le pouvoir politique qui se substitue à Dieu et place ses propres intérêts au-dessus de ceux de la communauté, alors que « nous avons toutes les capacités nécessaires pour fonctionner légalement, respecter les droits d'autrui, en étant attentifs et tendres les uns envers les autres »
Le déclin de la démocratie, tel qu’on l’observe en Hongrie, n'est pas un phénomène isolé. Pourquoi ce pays est-il devenu le pionnier du démantèlement de la démocratie libérale ? Selon András Körösényi, chercheur en sciences politiques à l'Université ELTE, tant la vacuité du contrôle démocratique que les transformations géopolitiques ont ébranlé la foi dans l'idéal et la supériorité de l'Occident libéral et constituent autant de signes d’un processus qui peut difficilement être inversé, sans oublier les talents d'orateur et communicateur du premier ministre, qui est le dirigeant en place avec le plus d'expérience de l'Union européenne.
Régulièrement accusé de dérives autoritaires, Orbán sait comment galvaniser des foules en Hongrie et auprès des communautés hongroises d’outre-frontières choyées par le Fidesz, et reste un leader charismatique, parfaitement à l’aise dans les couloirs des institutions européennes. Tout ce qu'il réalise en politique s'explique peut-être par sa passion pour football : songe-t-il constamment à la constitution et à la gestion d'équipes ?
« Achever le changement de régime », « remplacer les structures postcommunistes », « en finir avec l'hégémonie libérale de gauche » et plus encore : « préserver la Hongrie hongroise » de tels messages minutieusement élaborés et distillés de manière subtile peuvent facilement convaincre les électeurs. Citons Orbán faisant l’éloge de la ruralité : « Il ne faut pas démanteler les villages, mais les construire, le village n'appartient pas au passé, mais à l'avenir... Le village hongrois est une unité éco-sociale où, surtout autrefois, toutes les conditions étaient réunies pour une vie de qualité. »
Un fossé générationnel très marqué se dessine aujourd'hui dans l'électorat. Propulsé sous les feux de la rampe grâce à son environnement familial, P. Magyar a l’air de réussir son ancrage dans bien des franges de la société, notamment chez les moins de 40 ans. Quant au premier ministre actuel, il reste en tête chez les plus de 50 ans. De nombreux électeurs constatent avec satisfaction que V. Orbán connaît l'âme du peuple hongrois et lui donne ce qu'il désire, appréciant particulièrement le fait qu'il soit devenu un acteur de la politique internationale, dans un monde soumis à des chocs géopolitiques majeurs. Orbán entretient des relations personnelles avec les dirigeants des trois grandes puissances (États-Unis, Russie, Chine), fait du réseautage international avec les milieux d’extrême droite, replaçant en quelque sorte la Hongrie sur la carte du monde, en dépit du poids démographique et économique réel de ce pays.
L’électeur pro-gouvernemental est prêt à oublier ce que la macroéconomie perçoit comme une détérioration, et trouve plutôt crédibles les discours fleuves d’Orbán, autant de leçons ambitieuses d’explication et de prédiction sur le monde qui nous entoure.
A l’approche des élections, pour séduire ses électeurs, Orbán dégaine son chéquier. Mais après des années de domination sans partage, la stratégie de conservation du pouvoir du Fidesz par le biais d’une « conquête digitale du pays » (digitális honfoglalás) a l’air de s'essouffler, le mythe de l’invincibilité s’effrite. Ce qui a été couronné de succès pendant de longues années, ainsi les nombreuses mesures prises en faveur des familles, se heurte aujourd'hui à une résistance sociale, comme le dit le langage populaire, "la glace se retourne contre celui qui la lèche" ('a fagyi visszanyal').
Le passage des médias traditionnels aux réseaux sociaux illustre la facilité avec laquelle les contenus négatifs, dont les injures politiques mordantes, peuvent devenir viraux. Trois exemples pour rappeler que l’acte d’insulter reflète tant le manque d’arguments que la rupture du dialogue. Szatyor fing ("un sac de pets") est le surnom féroce de Tamás Sulyok président de la République depuis le 5 mars 2024, perçu par d’aucuns comme un pantin servile d’Orbán, tandis que le ministre de la Construction et des Transports, János Lázár, soupçonné de corruption en lien avec le château de Batida dans le sud du pays, est appelé batidai drakula ("le dracula de Batida"), sans oublier le slogan Mocskos Fidesz ! ("sale Fidesz"), cri scandé avec ténacité par des foules de jeunes lors des festivals de musique, et qui semble incarner la désaffection de toute une génération de Hongrois à l’égard de ce parti au pouvoir sans discontinuer depuis 2010.
Dans ce régime, décrit régulièrement comme ‘hybride’ situé quelque part entre la démocratie et la dictature, mais aussi en tant que « capitalisme de copinage » (haveri kapitalizmus) selon l’économiste Péter Ákos Bod, ou encore « Etat mafia post-communiste » (posztkommunista maffiaállam) aux yeux du sociologue Bálint Magyar, le vote est libre, mais le terrain de jeu politique est à la défaveur des opposants. Ces dernières semaines, en raison notamment des révélations d’abus physiques et sexuels dans les institutions de protection de l’enfance, de plus en plus de gens ont le sentiment que le 12 avril (23 ans, jour pour jour après le référendum hongrois sur l‘adhésion à l’Union européenne : 83,8 % de réponses favorables) constitue une dernière chance pour défendre la liberté et la démocratie.
Et si le Tisza gagnait ? Un éventuel échec électoral mettra-t-il un terme à la carrière d‘Orbán ? En tirera-t-il les conséquences ? Faut-il être armé d’un solide optimisme pour imaginer une passation de pouvoirs efficace et sans heurt ? Selon les termes de Zoltán Fleck, professeur en sociologie du droit, si nous nous préparons au pire scénario, nous éviterons les conséquences les plus graves: „[ceux qui nous gouvernent depuis 16 ans ...] ne sont pas des hommes d'État dont on pourrait attendre qu'ils fassent preuve d'une grandeur d’âme, telle que la capacité à considérer leur propre salut moins important que le destin de leur pays.”
Depuis son irruption sur la scène politique hongroise (2024), le Tisza dénonce avec virulence la corruption et le clientélisme. Les accusations, lourdes et récurrentes, relèvent capitaux suspects, enrichissements inexplicables, subventions réorientées vers des alliés politiques, fonds publics qui finissent dans les poches de gens bien connectés, transfert des biens de l’État (dont la plupart des universités) vers des fondations privées contrôlées par les fidèles du régime. Les chiffres évoqués sont vertigineux. Dans la foulée : de graves soupçons pèsent sur la Banque nationale hongroise en raison d’investissements douteux ; le gendre d’Orbán aurait profité indûment des fonds de l'Union européenne ; le programme des 'Golden Visa' ayant fourni à des milliers de riches étrangers un passeport hongrois contre investissement dans les bons d'Etat aurait permis à des entreprises intermédiaires de s'enrichir.
Toute la question est de savoir qui saura mieux mobiliser les indécis, en particulier ceux des villages et des cités ouvrières ? Il s’agit de réussir à convaincre les siens: ‘laissons les choses telles qu'elles sont, après tout, nous pourrions vivre encore plus mal’ (Fidesz) ou ‘instaurons un monde nouveau, une Hongrie plus juste, sûre et agréable à vivre’ (Tisza).
Les semaines à venir risquent d’être intenses en tractations, alors qu’à ce stade aucun débat n’est prévu entre Orbán et Magyar.
Tout permet de penser que les élections d’avril revêtent un caractère singulier avec des enjeux qui pourront s’étendre au-delà des frontières du pays. Va-t-on vers des années sombres donnant des sueurs froides à la démocratie européenne ? Ou s’achemine-t-on vers un tournant favorable pour l’avenir de l’Europe ? Les électeurs hongrois, conviés à réinventer leur avenir et à construire une véritable société civile, sont, de ce point de vue, responsables de l'avenir de l'Europe et du monde qui s'abandonne au populisme et à l’extrémisme.
Le compte à rebours a commencé.
A quoi ressembleront les rapports de force au sein du Parlement ? La gauche (la Coalition démocratique, DK et le Parti Socialiste, MSZP) en lambeaux, se bat pour franchir le seuil d'éligibilité. Parallèlement, face aux diatribes de Viktor Orbán contre l’Europe et compte tenu de tous les thèmes qu’il met en circulation dans l’arène politique (immigration, crise de l’Occident, Ukraine, acharnement sur les LGBT+ et les questions de genre), on ignore quel est l’espace politique que pourra occuper le mouvement d’extrême droite « Notre patrie » (Mi Hazánk).
De son côté, le Tisza ne cesse de progresser inexorablement. Péter Magyar suscite d’énormes espoirs auxquels il doit répondre. Son offre électorale pourra-t-elle susciter une vague d’enthousiasme citoyen et un taux de participation élevé marquant le point d'orgue du profond malaise politique et moral ressenti par de nombreux électeurs ?
Mais la messe est loin d’être dite. Il serait prématuré d’enterrer le Fidesz. Pour l’heure, avant de descendre dans l’arène, les adversaires s’échauffent et la confrontation sera rude.
Bien décidé à rester au pouvoir ad vitam aeternam et finisher particulièrement redoutable, Orbán dispose de moyens illimités pour sa campagne. Bénéficiant d’une forte couverture médiatique et d’une supériorité narrative (prolifération de deepfakes, attaques ad hominem), il cherche à décrédibiliser voir même : ridiculiser ses adversaires, et rendre inaudibles les voix alternatives.
« Ils sont en train de piller le pays, et nous les laissons faire » lit-on sur les réseaux, tandis que la chanson 'Örökre elég volt ebből' (« J'en ai assez pour toujours ») du groupe 'Galaxisok' libère bien des frustrations enfouies chez les jeunes : « Les foules poussées à la haine et à l'extase applaudissent de plus en plus fort / pour la destruction présentée comme une ascension. / J'en ai assez pour toujours. / Un jour tous les régimes s’effondrent.»
Thomas Szende, professeur à l’Inalco, Paris



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